Surveiller et Punir (1975), de Michel Foucault.

Par l’intermédiaire de l’histoire, Michel Foucault interpelle le lecteur sur son époque via la période du dix-septième au dix-neuvième siècle afin d’évoquer les stratégies du pouvoir quant à la construction de la vérité juridique et de ses ressorts politiques.

L’aveu, qui était la reine des preuves, était obtenu par la torture ou par la menace de la torture. La quête de la vérité par la torture était peu viable car elle plantait un contexte dans lequel le contenu de l’aveu demeurait incertain au regard de l’effroi que la torture suscitait à un accusé innocent. En outre, cette forme de recherche de preuve ne se départ pas qu’elle soit un sophisme pour prévenir toute réclamation en obtenant la validation de l’accusation par l’accusé lui-même. Or, le souverain, qui partageait le pouvoir pour la défense de la société, plantait d’abord son pouvoir par la demande populaire d’une vérité collégiale. Faute de mieux, tous s’accommodaient d’une méthode qui ne confortait pas une vérité authentique. Le procès et l’échafaud devenaient le lieu d’un théâtre urbain dans lequel l’aveu, la preuve et le supplice étaient mis en scène afin d’exprimer l’attente d’autorité. À terme, les supplices publics ont été interprétés comme un dressage brutal, et le public se retourna en mutineries afin de protester contre une condamnation ayant un lien avec les conditions sociales du condamné. Suite aux multiplications des mutineries, la justice se réforme et adopte cinq règles : la peine infligée doit être supérieure aux avantages du crime, la représentation publique de la peine doit être maximale, les lois doivent être largement publiées, une vérité doit être établie, et la peine doit être individualisée. Les nouvelles peines abandonnent donc le châtiment corporel ; en compensation, elles oppressent désormais la sensibilité des détenus. Au moyen de la disposition architecturale du Panoptique de Jeremy Bentham, le déroulement de ces peines permettait une surveillance permanente par laquelle le pouvoir assurait l’expression continue de son autorité sur le détenu. Cette disposition est alors transposée en société au moyen de la diffusion du panoptisme en tout établissement. Ce plan gagnera ainsi les hôpitaux, les usines, l’armée jusqu’à infuser dans les mentalités par la forme des bons points dans le système scolaire.

Michel Foucault, Surveiller et punir: naissance de la prison ([Paris]: Gallimard, 1993), commentaire du contenu du livre.