Qui fait la loi ? : Kant, le tribunal de la raison, par Mickael Foëssel.

Les lois de la nature fondent l’entendement de la personne humaine et elles fondent une représentation des phénomènes dans l’espace et le temps qui permet une causalité sous-jacente. Les lois de la nature sont du deuxième ordre car elles portent sur ce qui existe mais elles ne portent pas sur ce qui doit être. La raison morale est une exigence d’absolu, qui ne reçoit pas de limite ou qui n’est pas conditionnée par l’expérience sensible. La loi morale est du premier ordre, elle provient de la raison et elle ne provient pas de l’entendement. Elle exige que la personne humaine ne se laisse pas limiter par des paramètres ni sociaux ni naturels, et elle exige, de manière inconditionnée, un « impératif catégorique » par lequel la personne humaine acquière son autonomie et dont l’effet attendu est de toujours d’agir de telle sorte que son intention puisse être considérée comme une loi universelle pour s’assurer de la cohérence de la raison morale avec le monde.

La raison humaine ne peut pas se passer de se poser des questions auxquelles elle ne parvient pas toujours à y répondre ; l’une d’entre-elles est de savoir ce que deviendrait le monde si son intention pourrait devenir une loi. Que deviendrait le monde pour une personne qui se libère de tout ce qui la conditionne, y compris de ses désirs sociaux. Néanmoins, même s’elle se déprend des désirs sociaux, la personne humaine ne souhaite pas que le monde soit sans rapports sociaux.

L’esprit humain exige des lois, des enchainements universels et nécessaires. La raison de la personne humaine peut donner à elle-même sa propre loi, tout en veillant à s’assurer de la cohérence entre sa loi et le monde. Pour être libre, la personne humaine donne à son intention une forme qui puisse être celle de la loi. Dans cette configuration, la raison est à la fois juge et accusée au sein de son propre tribunal. Kant propose donc une raison qui juge et qui se juge, une raison qui s’intéresse aux conditions de possibilités des énoncés et une raison qui réfléchit sur ce qui autorise la raison humaine, c’est-à-dire à elle-même, à affirmer telle chose sur ce qui dépasse l’expérience sensible de la nature.

Source :  Emmanuel Kant et Mickael Foëssel, « Qui fait la loi ? : Kant, le tribunal de la raison », Les nouveaux chemins de la connaissance, avril 2015. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-qui-fait-la-loi-44-kant-le-tribunal-de-la-raison-20, d’après notes de l’émission radiophonique publiée à la page.