Qu’est-ce qu’un homme seul ? De Pierre Dulau.

La personne humaine a besoin de société pour échapper à la solitude mais plus la personne humaine prétend s’émanciper de la solitude par le remède de la société, plus elle se renforce dans la solitude. La solitude revêt deux formes, l’une physique, l’isolement ; l’autre morale, l’esseulement. L’isolement connaît deux extrêmes, la perfection et l’insuffisance de société. La perfection de l’isolement est une déchéance, la personne humaine devient une ombre, comme Narcisse, fou au néant. L’insuffisance de société demeure encore une posture relative à la société.

La société comme solution à la solitude pâtit de l’effet d’amplification de l’esseulement en communauté. La personne humaine demeure seule, y compris à plusieurs, jusqu’au vertige de la foule dont la sur-communication moderne renforce le sentiment d’une communauté de solistes. L’alternative du cynique demeure encore une façon de rejoindre les autres sous d’une forme qui lui est propre ; et la tentation du totalitarisme demeure une séduction esthétique sans dépassement. Cet esseulement commence dès deux personnes ; l’amour fusionnel fait disparaître l’individu singulier, en opposition à Narcisse qui disparaît dans lui-même. La société est donc un faux remède avec une esquive irrationnelle au problème de la solitude.

La solitude est un poison à haute dose mais elle libère à petites doses. La solitude est native, elle accède à la sagesse. La richesse de la solitude parle à tout le monde : c’est le passage secret vers l’universel. La solitude affilie la personne humaine et les apparente les unes les autres. C’est le remède rationnel par des exercices qui maintiennent la solitude de chacun et par la communion sans confusion. C’est un dialogue par la médiation de la vérité. Cela nécessite de reconnaître que la vérité gouverne. Avec la vérité, l’amour devient un consentement à la séparation, et non une promesse à l’union.

La solitude fait la personne humaine, elle est une réflexion ontologique car la personne humaine est coupée des autres. La personne humaine est une unité qui n’est pas un tout ; chez l’humain, il manque l’autre. La personne humaine est une unité inadéquate à son propre concept ; elle n’est qu’à moitié bien qu’unique, elle s’alimente par l’autre. L’identité de soi nécessite la pensée d’autrui mais dont l’essentiel du contenu demeure incommunicable. La solitude rend certes possible de faire fructifier les talents mais la personne humaine n’est pas faite pour la solitude, mais elle est faite « par » la solitude. La solitude ne peut pas être voulu comme fin, elle est continuelle de la personne humaine pour une promesse de relation plus haute avec autrui pour consentir à sa propre relativité par la vérité.

Source : Pierre Dulau, « Bac philo, deuxième édition ! : Dissertation : Qu’est-ce qu’un homme seul ? », Les nouveaux chemins de la connaissance, juin 2013. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-bac-philo-deuxieme-edition-44-dissertation-qu-est-c, D’après notes de l’émission radiophonique diffusée à la page.