Notre-Dame des Fleurs (1943) et Miracle de la rose (1946), de Jean Genet. L’écriture mise au secret, Pascaline Hamon, Grihl.

Jean Genet écrit le roman d’un espace aux marges de la société dans lequel le narrateur s’exprime à la première personne. Il est le révélateur de la vérité d’un monde caché. Genet devient indissociable de sa cellule dans laquelle il s’inscrit en dialectique et qui est à la fois le lieu de la perte de soi et à la fois le lieu du repli sur soi.

Le roman se construit avec un endroit et un envers : « Je tourne vers moi l’envers du règlement ». L’écriture depuis la cellule semble permettre la naissance d’une forme d’émancipation par rapport aux discours et aux représentations sociales traditionnelles. Le roman est une superposition d’espaces contradictoires sur le plan éthique et sur le plan social sur laquelle s’opère un renversement des hiérarchies puis une reconstruction de l’identité du sujet.

Dans sa cellule, son corps est l’objet d’une séparation entre un corps fictif et un corps réel. La démultiplication de soi est explicitement mise en évidence dans la présence d’un autre Jean dans la cellule. L’illusion du double de soi établit ainsi un pont entre le mythe et la réalité et devient le lieu de la réalisation de soi. Pour assurer sa survie, le sujet se recrée nécessairement. La sublimation de l’univers carcéral prend fin quand le narrateur rejoint la réalité sociale de la prison.

Lorsque les passages du livre sont produits sous le régime carcéral, l’identité matérielle de l’auteur se retrouve fragilisée : « On nous donnait du papier avec lequel nous devions fabriquer des sacs. C’est donc sur ce papier brun que j’ai écrit le début du livre. Je n’imaginais pas qu’il serait jamais lu. Je pensais ne jamais être lu. J’ai donc écrit sincèrement, avec flamme et rage, et d’autant plus librement que j’étais certain que personne ne me lirait. Un jour, on nous a transféré de la prison de la Santé au palais de Justice de Paris. Lorsque j’ai retrouvé ma cellule, le manuscrit avait disparu. […] J’ai vécu ce vol perpétré par le gardien comme une humiliation ».

Source : Pascaline Hamon, « Notre-Dame des Fleurs et Miracle de la rose, de Jean Genet. L’écriture mise au secret », Les Dossiers du Grihl, décembre 2011, « Écrire en prison, écrire la prison (XVIIe-XXe siècles)». http://dossiersgrihl.revues.org/5000, Regroupement et consolidation d’extraits évoquant le contexte et le processus de subjectivation de l’analyse publiée à la page.