“C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis”, Chateaubrilland.

Après quinze années d’absence, avant de quitter de nouveau la France et de passer en Terre-Sainte, je courrus embrasser à Fougères ce qui me restait de ma famille. Je n’eus pas le courage d’entreprendre le pèlerinage des champs où la plus vive partie de mon exitance fut attachée. C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j’ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j’ai trainé toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité. Là, je cherchais un cœur qui pût entendre le mien ; là, j‘ai vu se réunir, puis se disperser ma famille. Mon père y rêva son nom rétabli, la fortune de sa maison renouvellée : autre chimère que le temps et les révolutions ont dissipée.

Extrait du Livre III, Chapitre 14, Mémoires d’outre-tombe, Chateaubrilland, 1841.