Lettre à Lucilius, De la vie heureuse, la Tranquillité de l’âme, la brièveté de la vie, Sénèque.

Sénèque était un épicurien avant d’être un stoïque ; un épicurien recherche l’ataraxie dont la définition est la vertu du plaisir et le plaisir de la vertu, mais où le plaisir ne produit pas la vertu et la vertu ne doit pas être instrumentalisée pour le plaisir alors qu’un stoïcien recherche la vertu dont la définition est un état d’âme suffisamment travaillé pour user des différents adéquats face aux circonstances.

Les heures perdues se transforment en désespoir et remettent en cause les conditions de la naissance. La personne humaine vie sa propre compagnie avec difficulté ; son oisiveté est mal vécue. Le problème du temps qui passe est une aliénation qui touche tout le monde, y compris l’état, et le choix par défaut de soi est vécu comme une intranquillité. Cette dernière est une maladie qui déclenche la recherche de la sagesse dont le remède par des exercices aboutit à la tranquillité et aux conditions du bonheur. L’ « Otium » (latin), le temps libre pour soi, est un travail philosophique, mais non professionnel ; c’est un travail du soi qui mène le sage à la constance de sa science.

La tendance de la conscience individuelle est de devenir anonyme dans la foule. Le stoïque refuse donc l’aliénation sociale en pratiquant l’examen de conscience pour joindre la raison individuelle à la raison universelle. Pour un stoïque, le sage doit participer à la vie de la cité si rien ne l’en empêche pour se construire dans une intersubjectivité et améliorer la vie dans les deux républiques suivantes : dans la petite république dont le cercle est la vie de la cité et dans la grande république dont le cercle est la communauté humaine. Une personne humaine demeure une partie de la raison universelle ; elle peut donc améliorer une partie de la raison universelle et réciproquement.

La personne humaine qui se remémore le passé et qui tente de s’appartenir conforte l’amitié envers elle-même et elle conforte le retour à la sagesse. La passion n’est qu’un effet de la raison, elle se domestique également par des exercices. La philosophie stoïcienne rehausse l’importance de l’intériorité de la personne humaine et l’importance de l’intentionnalité dans le processus d’individuation afin de tendre vers une transfiguration de soi.

Source : Jérôme Lagouanère et al., « Sénèque : Lettres à Lucilius », Les nouveaux chemins de la connaissance, janvier 2014. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-seneque-14-lettres-a-lucilius-2014-01-06, et trois émissions suivantes : De la vie heureuse, la Tranquillité de l’âme, la brièveté de la vie. D’après notes des émissions radiophoniques diffusées à la page.