Les métamorphoses d’Ovide, par John Scheid.

Les métamorphoses d’Ovide est un récit mythique qui précède la fondation de Rome. L’époque de la rédaction date du régime impérial romain pendant lequel d’incessantes évolutions émergent du chaos pour enfin aboutir à la paix politique que célèbre Ovide. L’œuvre d’Ovide évoque le lien entre la matière et la forme. Les métamorphoses sont à l’image de l’histoire du monde : évolution et avenir. La mobilité est féconde, et la fixation est tueuse. Exemple : la traduction du monde grec et du monde latin comme métamorphose. L’âme humaine est l’enjeu des métamorphoses, elle peut se métamorphoser en plante ou en constellation. L’instabilité est évoquée par la non-conservation de la forme. L’âme ne joue aucun rôle, seule la forme humaine est affectée. La substance qui existe derrière la forme visible est sa personnalité en métamorphose permanente. Par exemple : des paysans qui refusent de donner un accès à l’eau sont transformés en grenouilles ; autre exemple : Apollon porte Daphnée qui était transformée en laurier pour le fuir. Les êtres perdent leurs formes mais ils ne perdent pas leurs substances. Leurs noms restent les mêmes, leurs noyaux existentiels ne changent donc pas. Les métamorphosés ressentent le désir de métamorphoses ; exemple : Daphnée demande à son père de la métamorphoser pour échapper à Apollon. Les métamorphosés deviennent éternels, c’est avoir ainsi une autre nature. Toutes les métamorphoses sont subies. L’essence ne change pas mais l’existence, la forme, se transforment sans cesse.
Le lecteur est plongé dans une perplexité face aux métamorphoses monstrueuses des quatorze premiers livres. Les opérateurs de métamorphoses sont les dieux ou les demi-dieux, les métamorphosés sont des humains et des demi-dieux. Les humains sont trop présomptueux et ils sont frappés de métamorphoses. Seuls les dieux et les demi-dieux ont la capacité de se métamorphoser. La métamorphose est un processus qui est voulu, mais il demeure une forme primitive, c’est l’unique et seule forme substantielle. Les multiples formes éphémères dessinent un personnage. Certaines métamorphoses sont des punitions pour des humains ; et certains demi-dieux demandent une métamorphose en délivrance des métamorphoses d’humains par imprudence issue de trop de proximité entre humains et dieux. Les métamorphoses des livres I à XIV résultent de souffrances ; ce sont des situations en impasses vers une transformation définitive. Ce ne sont pas des métonymies dont la signification imposerait une destruction de l’identité vers une forme révélatrice du destin du métamorphosé. La nature essentielle de l’être ne change pas. La métamorphose est une fin et non une transition, elle peut révéler la véritable nature de l’être concerné.
L’empereur Auguste conclut donc une histoire essentiellement grecque par laquelle la violence se métamorphose en paix. La magicienne Circée incarne le passé grec ; un monde dominé par la passion, par la métamorphose et par la mort. Circée est une virtuose des métamorphoses de ses visiteurs et de ses ennemis. Elle est également capable de leur ramener à leur forme première ; cela est un échec pour elle, elle ne parvient pas à fixer les nouvelles formes ni à attacher leurs âmes. C’est par déception qu’elle puni ceux qui la résistent, Circée est la représentation de l’échec d’un monde passé. Au quatorzième livre, le récit quitte le monde grec pour arriver en Italie. Les troyens sont défaits, Énée fuit Troyes et il arrive au Latium où il remporte la victoire sur les latins. Énée meurt transformé en dieu et il fonde une lignée dynastique qui perpétue l’empire. L’histoire de Rome est annoncée par l’histoire de Pomone et de Vertumne. Le monde romain est fondé sur la persuasion et la transformation de l’esprit de quelqu’un. Pomone fuit les hommes, et elle se réfugie dans son jardin dont le dieu sait transformer tout en tout. Le jardin est le lieu des métamorphoses réussies en opposition à celles de Circée. Afin de persuader Pomone par la discussion, Vertumne se transforme en vieille femme. Vertumne est non violent et il ne transforme pas autrui. Pomone ne cède pas, mais Vertumne perd patience et retrouve sa forme première. Pomone est séduite. Elle est la latine devenue romaine. Pomone deviendra une déesse romaine, cela n’est pas une traduction du monde grec en un monde romain mais c’est une conquête du monde par les romains. Vertumne est le dieu de l’acclimatation, de l’acculturation conquérante pour s’allier et intégrer les alliés en romains dont la symbolique politique est une métamorphose qui ne change pas la nature humaine.
Résumé de la conférence. Source : John Scheid, « La métamorphose dans l’antiquité gréco-romaine. Autour des Métamorphoses d’Ovide. », Collège de France, 14 octobre 2011. http://www.college-de-france.fr/site/colloque-2011/symposium-2011-10-14-14h45.htm, d’après notes de la conférence publiée à la page.