Les Lois (-347 env.) de Platon, par Dimitri El Murr.

Selon Platon, la loi ne s’élève pas au niveau de l’intelligence ; un roi-philosophe, porteur d’un savoir politique, et qui pratique la science de l’application de la politique, n’a pas besoin d’avoir recours à la loi et à son processus démocratique. Cela est certes utopique car il n’existe pas de roi-philosophe suffisamment intelligent, néanmoins l’œuvre globale de Platon est de sensibiliser à propos de l’outil législatif, par lequel la démocratie athénienne s’est essentialisée, et dont l’usage mécanique entrave éventuellement le bon sens avant qu’il ne soit formulé. Pour illustrer le rapport qu’un administré devrait avoir avec la personne politique, Platon reprend l’allégorie du médecin : l’avis d’un malade devant un médecin compétant n’est pas consulté. Cette illustration nie certes le consentement des gouvernés mais la loi préétablie nie également l’éventuelle pertinence de l’administré au moment des faits. La loi est trop simple, trop valable, et trop rigide ; or la réalité est complexe, mouvante et souple. Platon s’attèle à peser, au cas par cas, la justesse entre la norme de l’idéal et le fait du réel. La loi nécessite donc un interprète avant qu’elle ne s’applique. Selon Platon, la question du consentement à l’autorité n’est pas subordonnée au roi-philosophe mais elle est subordonnée à la science politique du roi-philosophe. La personne politique promulgue certes les lois mais elle peut les changer à sa guise car la science de la personne politique mérite l’autorité politique et non la loi.

Afin de planter un contexte dans lequel un administré puisse consentir à la loi, Platon préconise que la loi soit dotée d’une préface qui persuadera le citoyen du bien-fondé de la suivre en évitant de le mettre en scène comme un contrevenant. Pour Platon, la loi peut également entrer en médiation avec les affaires humaines dont la section sur la pénologie, la science de la peine, en est un exemple. Dans cette section, Platon y présente des réflexions sur ce qui est volontaire ou non volontaire, et où nul n’est méchant volontairement, mais où le contrevenant exécute quand même une peine.

Source : Dimitri El Murr, « Qui fait la loi ? Platon : qu’est-ce qu’un législateur idéal ? », Les nouveaux chemins de la connaissance, avril 2015. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-qui-fait-la-loi-14-platon-qu-est-ce-qu-un-legislate, d’après notes de l’émission radiophonique publiée à la page.