Les écrits de prison et la microphysique du pouvoir, Éric Méchoulan[1], Grihl.

Contrairement aux idées reçues, les embastillés sont de moins en moins nombreux au dix-huitième siècle ; les effets de l’imaginaire collectif, éventuellement instrumentalisés par le pouvoir, ont donc joué un rôle important dans la prise de la Bastille. La prison demeure un des lieux où les constructions imaginaires peuvent être le mieux étudiées, mais les dix-septième et dix-huitième siècles voient l’acquisition de la validité de la punition par l’enfermement. La prison n’était pas un lieu en dehors de la vie quotidienne et les prisonniers n’étaient pas frappés d’une déchéance civile. L’objectif premier d’Assoucy : ne pas mourir en prison et, pour cela, s’inventer soi-même enseigne que de lutter pour son avenir amène à mobiliser son passé. Raconter en prison devient une forme de résistance, de prendre de l’âme, comme on prend du poids. La vie carcérale fait tourner la personne humaine vers elle-même alors que la vie sociale la fait exister en le tournant obstinément vers les autres.

Source : Éric Méchoulan, « Les écrits de prison et la microphysique du pouvoir », Les Dossiers du Grihl, décembre 2011, « Écrire en prison, écrire la prison (XVIIe-XXe siècles). ». http://dossiersgrihl.revues.org/4875, d’après notes de l’article publié à la page.