Le Politique (-360 env.) de Platon, par Dimitri El Murr.

Ce dialogue de Platon cherche à définir ce qu’est qu’une personne humaine politique et à définir la science politique que cette personne humaine possède. Dans son livre, La République, Platon fait mention d’un élevage de philosophes-rois éloignés de la cité pour que ces rois soient désintéressés de la cité. Pour Platon, seule la personne politique accède à l’humanité mais il déplore qu’elle soit la seule. Ainsi, la politique est subordonnée à la philosophie. Selon Platon, la personne humaine peut devenir politique à condition qu’elle reçoive une éducation appropriée au préalable, l’éducation est donc une science auxiliaire liée à la politique. L’œuvre de Platon est de faire sortir la personne humaine de l’illusion d’un monde suffisant. Platon veut faire cheminer la personne humaine vers un monde dans lequel la personne prend soin d’elle par elle-même, et dans lequel toutes les personnes pratiquent la politique, y compris quand elle est peu possible.

Le pouvoir pastoral européen a existé sous la forme d’une direction des âmes ; ce pouvoir implique que le gouverné soit grégaire. L’origine historique du pouvoir pastoral est assyrienne et babylonienne mais ce pouvoir ne parvient pas de la Grèce antique dans laquelle le texte du Politique de Platon a été rédigé. Cependant, pour Platon, une personne gouverne nécessairement avec d’autres. Platon suggèrerait plutôt la fin du gouvernement fondé sur un modèle divin de son époque et il préconiserait un tissage politique dans lequel le pouvoir pastoral serait éventuellement un des matériaux à combiner. La personne humaine est porteuse d’une plasticité, elle peut quand même parvenir à tisser du matériau chaotique que le pouvoir pastoral fait disparaitre. Le dessein du texte du Politique est de rendre la personne humaine meilleure individuellement, ou collectivement par défaut.

La politique jusqu’à Platon est théorique, elle est une science qui se questionne. Pour Aristote, la personne humaine est nécessairement politique, y compris sans éducation. Or, à partir d’Aristote, la politique devient une pratique qui cherche à diriger par la science. Mais pour Platon, la science ne peut pas se substituer à la personne humaine car la science demeure liée à celui qui la fait. Platon tolère certes l’usage de la loi comme science et comme instrument de substitution à la personne politique, mais cela est cantonné au problème de l’absence du politique au moment opportun. Selon Platon, la politique n’est pas un art de gouverner mais un savoir pour gouverner.

Source : Dimitri El Murr, « Platon, le Politique, 271 e 5-272 b 1 », Les nouveaux chemins de la connaissance, décembre 2014. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-actualite-philosophique-invite-mystere-dimitri-el-m, d’après notes de l’émission radiophonique publiée à la page.