“Le moment structurel de l’existante humaine”, Fûdo.

«  Fûdo : L’existence n’est pas seulement structuré par le temps, elle est tout autant par l’espace. Elle n’est pas seulement chargée d’une histoire, elle l’est aussi d’un milieu. Le milieu est ce qui incarne l’histoire, et en dehors de cette concrète incarnation l’être n’est qu’une abstraction. […] Ce que vise se livre, c’est d’éclairer le fûdoseî, médiance, études des milieux en tant que moment structurel de l’existante humaine. […] je considère pour ma part que la médiance consiste dans le moment du couple : corps animal + corps social. Mais le fait est que la vision occidentale, y compris l’ontologie d’Heidegger, est circonscrite, en toute incohérence par le seul horizon de la mort du corps animal. La théorie de la médiance est un véritable dépassement de l’histoire de la modernité. La plus part des religions sont ainsi liées à l’idée d’une vie dans un autre monde, celui des esprits ; la modernité en opposant le sujet à l’objet aboutit à une aporie s’agissant du rapport humain à la nature : Comment un même être peut-il être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de celle-ci ? Le dasein d’Heidegger n’est qu’un individu ».

Extraits de la préface rédigée par Augustin Berque du livre « Fûdo ». Tetsurō Watsuji et al., Fûdo : le milieu humain (Paris: CNRS éditions, 2011).

Nota : le milieu humain, selon Augustin Berque, est une expression employée en géographie pour signifier la partie de la terre habitée ; cette expression existe depuis l’antiquité ; mais, elle perd en signification suite à l’effacement progressif des terres non-habitées. Voir Où réside l’esprit du lieu ?