Le lieu de l’universel, d’Isabelle Thomas-Fogiel.

La philosophie contemporaine ne s’attache plus à rechercher la vérité. Ainsi, le réel n’est plus soumis au critère de jugement. Le monde est donc devenu une croyance qui survivrait à la mort du porteur de cette croyance. Les discours de l’antiquité et de l’idéalisme se présentaient déjà comme le reflet d’un monde existant. En continuité, la métaphysique présuppose une physique réelle préalable. Ensuite, chez Spinoza, une structure réaliste est aussi mise en place par l’affirmation de la nature. Et enfin, chez Descartes et Wittgenstein, la personne humaine est également face au monde prétendument existant.

À l’image de l’opposition entre la philosophie analytique et entre la philosophie continentale, la philosophie moderne cherche ce qui la divise. Néanmoins, si des divisions étaient possibles, c’est qu’il demeurerait nécessairement une unité de pensée à diviser au préalable. Or, cette unité n’a pas été définie avant que les philosophies ne se divisent entre elles. Le candidat à cette unité est le transfèrement rationaliste.

Ainsi, la personne humaine a défini des manières réalistes à partir desquelles un objet peut être représenté de façon objective en postulant l’indépendance de l’objet à son observateur. Deux conclusions sont tirées du transfèrement réaliste : a) le monde est présent, il est totalement indépendant de la construction cognitive ; b) la connaissance à laquelle la personne humaine peut prétendre est alors celle du monde extérieur. Dans le réalisme, le sujet est soumis à l’objet, il est passif, et il reçoit l’événement de l’objet. Or, factuellement, l’objet n’existe pas, il est au plus perçu par la personne humaine. Le langage est trop faible pour désigner ce qui existe, rien n’est donné à la personne humaine au préalable, tout se construit nécessairement pour chaque personne. Le langage relaye auprès de la personne humaine une illusion d’un réel dont elle ne peut jamais en faire l’expérience. Par précaution, le jugement ne devrait pas se fonder sur une croyance aussi réelle apparaît-elle à la conscience.

Le réalisme est frappé du paradoxe indépassable du sujet, où le sujet est hors du monde, et donc non-existant au monde auquel il croit. Depuis l’après-guerre, certaines philosophies tentent de faire retourner le sujet dans le monde où la connaissance dépend, non du monde, mais du sujet et de ses schèmes cognitifs. La vérité du sujet connaissant est alors différente de la réalité du monde. La philosophie en général se définit par ce que la personne humaine cherche en partage et non ce qui la divise. Cela présuppose un dépassement des limites des cadres réels figés car la philosophie demeure un questionnement de la vérité vers plus d’universel.

Source : Isabelle Thomas-Fogiel, « Le lieu de l’universel. Impasses du réalisme dans la philosophie contemporaine. », Les nouveaux chemins de la connaissance, mai 2015. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-actualite-philosophique-isabelle-thomas-fogiel-2015, d’après notes de l’émission radiophonique publiée à la page.