Le droit à la ville (1968), d’Henri Lefebvre.

Sous une approche philosophique, la pensée de la ville est pointée quant à son manque d’ambition utopique ; la ville est évoquée en souffrance d’une réflexion sur elle-même afin qu’elle s’élève au même titre que le droit à la nature ou au droit à la campagne. Les périodes historiques constitutives de la ville se démarquent autour de l’avènement de l’ère industrielle. Sous l’antiquité et le Moyen Âge, les villes étaient des centres villes entretenus par leurs commerçants ; la production de rapports sociaux s’établissait sur le modèle d’un cadre soigné pour la médiation de la propriété. La révolution industrielle et son évolution démographique ont bousculés la perception de cette ville ; les centres villes ont appauvri leur mixité au profit d’une large banlieue mieux équipée en habitations mais isolée. Afin de dépasser leurs oppositions, les centres villes et les banlieues convergent vers les mêmes maux dans une crise permanente. À cela s’ajoute une urbanité qui gagne la campagne par l’industrialisation de l’agriculture.

Un citadin de la ville d’avant la révolution industrielle qui percevait la ville comme une entité, percevra désormais une ville sous deux aspects : la nouvelle ville est, d’un côté, une relation d’individus dans des groupes, et d’un autre côté, elle est régulée par des institutions centrales, par des codes et par des ensembles signifiants. Par cette prolifération de la non-entité, se constitue alors une nouvelle discipline : l’urbanisme. Dans l’attente de penser ce qu’est la ville et ce qu’est que l’habiter, les réponses sociales et politiques se sont orientées vers un urbanisme dédié à la fluidité de la circulation et la planification de la production. L’espace est donc modelé et remodelé dans un phénomène cyclique qui nie le cycle humain.

Penser la ville, c’est penser une centralité pour un quartier. Selon Lefebvre, la pensée utopique de la ville est théorisée par l’image inverse du monde à l’envers. La ville s’écoute, elle se lit, elle est un système d’écriture, elle est un langage ; la ville doit être l’artiste de son œuvre de vie urbaine ; l’anthropomorphisme est poussé jusqu’à une ville qui se nourrit et qui produit du charme, de la science, de la sensibilité, des rapports sociaux, de la pensée et enfin des êtres humains dans une forme de centralité.

Source : Henri Lefebvre et al., Le droit à la ville (Paris: Economica-Anthropos, 2009, 1968), Analyse synthétique du contenu du livre.