La prison, lieu de soins : provocation ou réalité ? Anne Lécu.

Au travers du récit de son expérience, Anne Lécu, médecin-praticien en prison, exprime la posture qu’elle adopte auprès de ses patients incarcérés afin de nouer une relation authentique et faciliter la guérison par le soin humain. Les motifs de consultation en prison parviennent de la situation existentielle des détenus suite à un souhait de mieux être. Parfois, la détention provoque des symptômes dont leurs manifestations ne sont pas recensées dans les manuels professionnels. Par exemple, des patients présentent des sensations persistantes de froid à partir desquelles un diagnostic de manque de chaleur humaine peut être établi. Dans ce cas, le corps exprime ce que l’âme résiste à appréhender. Souvent, ces symptômes physiques disparaissent après que le patient ait réalisé que son âme était l’objet de souffrances.

En tant que médecin, elle déplore un partage d’informations sans tempérance au sein de l’établissement via un fichier informatique panoptique, cela peut rendre les intervenants méfiants à l’égard d’un détenu et cela peut faire replonger le patient dans une situation existentielle descendante. Le partage d’information sans tempérance est le pendant de la dépossession du corps par les fouilles. Quand les détenus sont soumis aux fouilles ; ces dernières dépossèdent le corps. Afin de tisser une relation authentique et faciliter ainsi le soin, il est nécessaire de planter des modalités spécifiques avec le patient. Le contexte de la consultation doit être approprié pour que le patient puisse se dire ce qui est vrai.

Source : Anne Lécu, « La prison, un lieu de soins : provocation ou réalité ? », Le bien Commun, février 2013. http://www.franceculture.fr/emission-le-bien-commun-la-prison-un-lieu-de-soins-provocation-ou-realite-2013-02-14, d’après notes de l’émission radiophonique publiée à la page.