La pensée et le mouvement (1934), d’Henri Bergson, par Frédéric Worms.

Le temps.
Le présent est l’espace des besoins immédiats du corps, alors que le commencement de l’avenir est également immédiat. Le corps humain est une histoire ; son passé est une force réelle qui devient caractère et pesanteur contre laquelle il faut pouvoir lutter. Le présent est donc une épaisseur sur laquelle l’avenir mord, mais sur laquelle le passé empiète également sur lui. Le corps est aussi en mouvement interne : le corps se change en permanence.

Le réel.
Avant d’approfondir la question du réel, la personne humaine est porteuse d’une croyance en un absolu, elle rejoint cette croyance et elle la voit là où la croyance est et avec laquelle elle a un contact. La personne humaine se détache d’abord du réel par sa croyance mais elle y revient par la pensée. La réalité, à laquelle revient la pensée, résiste à l’action et à la relativité, mais cette dernière manifeste un absolu indépendant. La pensée fait donc ressortir le sentiment d’un effort comme si elle était prise dans un réel visqueux.

L‘intuition.
L’intuition est une théorie d’une connaissance qui atteint immédiatement le réel ; elle est un contact avec une réalité. L’intuition est une connaissance qui efface la distance au réel ; elle est sans concept immédiat et elle se traduit sans concept. L’intuition est aussi un effort car elle résiste à une force qui pousse la personne humaine à créer, et à revenir au réel. L’effort de l’intuition est à l’image de l’effort du muscle pour soulever un poids contre la gravité. L’art a donc été créé pour pallier à l’insuffisance de l’intelligence à saisir le réel. L’art, par sa suggestion, permet de dépasser par l’intuition cet obstacle que la pensée dresse. En dépit de sa forte capacité de comprendre, l’intelligence divise le réel. L’intelligence éloigne donc la personne humaine du réel. Le philosophe, qui tente de saisir une réalité formalisée par l’intelligence, n’est jamais parvenu au « point simple » pour exprimer le réel. La difficulté de la démonstration, c’est qu’elle sépare la personne humaine de la réalité.

Source : Henri Bergson et Frédéric Worms, « Bergson, tout simplement : La pensée et le mouvement », Les nouveaux chemins de la connaissance, avril 2015. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-bergson-tout-simplement-44-la-pensee-et-le-mouvant-, d’après notes de la diffusion radiophonique publiée à la page.