La Morale et la cité, de Jacqueline de Romilly.

Sous la Grèce antique, la liberté s’acquière grâce à l’état ; un citoyen grec était l’état et la cité. Cela est une différence avec l’époque actuelle où la liberté s’acquière contre l’état, et où les citoyens ne sont ni l’état, ni la cité. La signification de la civilisation était fondée par la loi et la justice dont les tribunaux prémunissaient des crimes et des vengeances. La loi était la garantie de la liberté et l’éloge du régime démocratique. Elle permet de marcher dans la rue sans être inquiété. Quand les lois sont écrites, une victime peut se défendre par la politique.

La ville de Sparte s’est fondée autour d’une éducation au courage ; elle parvient à occuper Athènes qui a été défaite par la guerre. Alcibiade, athénien qui a été sauvé par Socrate à la guerre et dont Socrate était le professeur, s’est compromis en qualité de candidat politique qui a souhaité flatter le peuple ou recourir à l’intrigue pendant la période d’occupation. L’idéal civique n’a donc pas été toujours observé, mais le dépassement a été préféré par une loi d’oubli du passé pour refonder la cité après le retrait des Spartes. En dépit de cette loi, Socrate a été jugé et condamné à mort par la démocratie athénienne en tant que formateur d’Alcibiade sous le prétexte(1) d’introduction de nouveaux dieux. S’il le souhaitait, Socrate pouvait commuer sa peine en exil mais il s’est refusé à cette alternative car ce sont les lois de sa cité qui l’ont fait.

Athènes s’est fondée autour de l’ouverture, de la tolérance, du pardon et de la compréhension. Les idées de douceur y diffusent, y compris dans le droit. La douceur se répand dans la vie quotidienne qui rend les athéniens agréables à vivre. Il demeure une notion de lois non-écrites valables dans toute la Grèce qui vont au-delà de la cité. Les lois éternelles sont les lois communes des grecs ; principe de ne pas laisser les morts sans sépulture, principe de ne pas tuer les soldats qui se sont rendus, principe d’épargner les messagers. Cette humanité est connue parce que parfois elle n’a pas été respectée. C’est la recherche de règles universelles sur la personne humaine qui fonde ainsi la cité grecque.

Source : Jacqueline de Romilly, « La morale et la cité ; Les fondements de la pensée contemporaine », École des Hautes Études Commerciales de Paris, 9 janvier 2012. https://itunes.apple.com/fr/itunes-u/les-fondements-la-pensee-contemporaine/id397036746?mt=10, d’après notes de la conférence diffusée à la page.

(1) Paulin Ismard, « Le procès de Socrate », Concordance des temps, 18 octobre 2014. http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-actualite-de-socrate-2014-10-18.