La forme animale, par A. Finkielkraut, J.C. Bailly et J. Dewitte.

Alain Finkielkraut à Jean-Christophe Bailly : « Dans vos deux livres, vous allez jusqu’à renverser la perspective traditionnelle, qui veut que l’homme ait beaucoup de possibilités et que l’animal souffre d’un certain nombre de manques. Vous parlez d’une plénitude des animaux : « nos maîtres silencieux » et vous vous référez à plusieurs reprises à un poème magnifique et énigmatique de Rilke : « la huitième Élégie de Duino ». […] Dans une lettre citée par Élisabeth de Fontenay dans « le silence des bêtes », Rilke dit : « Vous devez concevoir l’idée de l’ouvert que j’ai essayé de proposer dans cette Élégie de telle sorte que le degré de conscience de l’animal place celui-ci dans le monde sans qu’il ait besoin de constamment le poser vis-à-vis de lui, l’animal est dans le monde. Nous autres, nous nous tenons devant lui du fait de la singulière tournure et élévation qu’a prise notre conscience. »

Jean-Christophe Bailly : « […] Il y a l’idée, chez Rilke, qu’en deçà et au-delà du langage, ce n’est pas seulement le silence, ce n’est pas quelque chose qui est en attente de la parole humaine, c’est quelque chose qui réserve le sens dans une intensité que le langage mine mais n’atteint jamais. Il y a aussi l’idée que les animaux […] habitent avec inquiétude dans cette zone sans langage. Cette zone sans langage est pour nous, forcément extraordinaire si on l’observe. Elle est pleine, évidemment, de signes ou de ce qu’on appelle la signifiance, ce qui est avant le sens formé. »

Source : Alain Finkielkraut, Jean-Christophe Bailly et Jacques Dewitte, « La forme animale », février 2014. http://www.franceculture.fr/emission-repliques-la-forme-animale-2014-02-15, retranscription d’un extrait de la discussion.