La déconstruction et la justice chez Jacques Derrida, par Jérôme Lèbre.

Jacques Derrida propose une méthode pour examiner exhaustivement un sujet humain complexe. Sa méthode, dite de « déconstruction », est une enquête minutieuse de chaque rouage d’un sujet et de la relation entre ces rouages, dont les imprécisions sont également examinées pour déterminer la retenue de circonstance. En amont, le langage est nécessairement déconstruit pour définir la possibilité à s’exprimer.

La définition de la justice est limitée par le langage. En pratique, la justice n’est jamais satisfaisante, mais personne ne la déclame, c’est une autre justice qui est réclamée. Elle est cantonnée à une histoire qui ne s’est pas réalisée pleinement. La justice demeure quelque chose qui est difficilement exprimable, cela l’empêche d’être accomplie. Au mieux, la personne humaine ressent intuitivement l’injustice ; mais la justice demeure un horizon philosophique, il faut donc renoncer à parler en son nom.

La violence pure est de l’ordre du possible ; ce qui rattache la personne humaine à autrui est donc la justice. Autrui est une question permanente dans laquelle la personne humaine s’installe et dans laquelle la justice est une tentative de rejointoiement. Par la violence pure, le monde est un préalable déchut, dont la justice est l’horizon du réassemblage. Mais un monde trop parfaitement réassemblé aboutit au totalitarisme aussitôt qu’il est formé. Un monde démocratique, qui accepte l’imperfection dans une certaine mesure, préfère donc de ne pas se rejointoyer parfaitement afin de se préserver d’un avenir politique fermé.

La décision judiciaire peut être cassée, elle est donc construite comme incertaine. Elle est certes nécessaire mais elle fait face à des impossibilités. Elle impose une réalité dont toute la vérité n’est jamais totalement acquise car une personne ne se dévoile pas devant un juge. La justice est donc installée dans un horizon humain de finitude. La loi ne peut pas décider par elle-même ; c’est le juge qui porte la part d’indécidable. Il lui faudra décider au coup par coup, méditer, être juste et temporaliser.

En matière de justice, la force du droit est une condition d’application de la justice dont le continuum masque sa violence par une mise en avant de la parole. En effet, la parole qui impose un sens est déjà une violence dont la légitimité est tirée par le rétablissement au droit. Le droit n’est droit que dans la mesure où il tente de répondre à l’application de la justice. Ce droit implique une force dont l’effet attendu est l’éloignement de la révolution par l’application de la justice.