La contingence dans les coursives.

Sur fond de cellules en souffrances en dépit de l’enchaînement des programmes de constructions, le contenu de la prison moderne se maintient dans une évolution par à-coups dans une alternance de programmes politiques et de crises. Sans que la cellule ne soit nécessairement mieux équipée que la demeure d’une personne modeste, la réflexion sur l’habitat en détention fait encore l’objet de réformes. Le projet de vie architectural d’une prison ne s’inscrit pas suffisamment dans une pensée en mouvement, ni dans une animation continue de la détention. Ce projet peine à colorer la détention par des cercles de débats ayant rapport à soi et au vivre ensemble. Sur le terrain, en dépit de la récente augmentation des visites en détention, les surveillants paraissent parfois désespérés de se constituer en un binôme avec le détenu autour d’un avenir incertain. En dépit du récent programme de lutte contre la récidive, la valorisation espérée du détenu ne s’est pas encore arrachée à l’ambiance de contingence qui règne dans les coursives. Depuis la ville, ce contexte est ressenti par un mur d’enceinte qui s’élève dans un rôle d’obstacle à la porosité urbaine. Politiquement, ceci prend la forme d’une impossible dynamique citoyenne qui serait rompue aux visites périodiques de représentants d’électeurs suivie de débats publics. Socialement, la sensation de la discontinuité humaine se mélange dans une étrange contradiction avec l’éclosion de l’être. Et architecturalement, cela prend la forme d’une lacune concernant les questionnements du lien entre les lieux, le corps, le temps, l’esprit, l’habitat et les cycles humains. Accablées par les récidives hors de la prison, les politiques s’orientent à petits pas vers une pensée globale de ce qu’est que le parcours du condamné avec toutes les conséquences extra-carcérales que cela implique. La préparation de la sortie de prison est en effet une mesure sécuritaire à l’intérieure de l’établissement car l’intéressé, qui planifie son parcours après sa sortie conforte la sûreté en détention, mais la prison, comme tout lieu, n’est pas intrinsèquement dépourvue d’une capacité à établir un climat serein par elle-même.