Histoire de l’architecture carcérale (2008), de Christian Demonchy, architecte de prisons.

Christian Demonchy retrace une histoire de l’architecture carcérale française au cours de laquelle le modèle circulaire du panoptique proposé par Jeremy Bentham n’a pas eu l’occasion d’être construit en France. Le modèle architectural français retenu est un modèle d’encellulement linéaire qui a connu un fort succès sur le territoire mais il a peu évolué depuis sa création lors de la circulaire du 9 août 1841. Cette circulaire insiste sur une science de l’administration pour gérer une prison, une hiérarchie, un uniforme mais la pensée des détenus n’y fait pas l’objet d’un questionnement. Le mode administratif de la cellule française est judiciaire ; c’est-à-dire qu’il s’agit d’une cellule qui place le détenu à disposition de la justice. Le modèle français s’est partiellement inspiré du Panoptique de Bentham concernant le volet administratif mais il n’a pas repris le volet du parcours du détenu proposé par Bentham. Le travail existe certes dans les prisons françaises, mais il n’existe pas de projet de vie proposé au détenu. L’impératif catégorique de la justice française est d’arrêter et de juger ; le reliquat de détention après la condamnation demeure non pensé en France. Le mode de présentation au détenu illustre cela : dans une salle de classe, le professeur est dans la même salle que les détenus. Or les lieux de vie d’un quartier d’hébergement carcéral sont réduits à une architecture de couloirs. Il en résulte que le personnel de la détention se retrouve à une distance des détenus. Cela est également valable pour la cour de promenade qui s’apparente à un enclos dans lequel le surveillant n’y participe pas. En ressemblance aux bastilles, la cellule judiciaire est une forme d’enfermement dans lequel l’administration ne veut pas être responsable de la vie du détenu. Toutefois, l’administration pénitentiaire a tenté des projets expérimentaux dont est issue la prison de Mauzac en 1984 et dans laquelle l’architecture a été pensée autour de lieux de rencontre pour permettre au détenu de s’insérer dans la prison.

Source : Christian Demonchy, « Histoire de l’architecture carcérale », Bibliothèque Zoummeroff, décembre 2008, d’après notes de l’entretien publié à la page.