Établissement de Dakar.

Commentaire préalable : Ce texte est une notice architecturale établie dans un cadre professionnel.

Situé dans un environnement riche en histoire et en projets à venir, le site de l’établissement s’inscrit dans un paysage privilégié, entre cultures, savane et grands projets. Le terrain d’assiette est positionné aux abords immédiats de champs s’étalant sur les collines de Sébikotane ; il bénéficie d’une inscription à l’échelle de l’établissement. Sébikotane est une commune desservie par la route de Dakar, elle est située entre deux reliefs sur lesquels se trouvent forêts, villages et activités agricoles. Situés à quelques centaines de mètres, se trouvent des bâtiments bénéficiant d’un contexte spécifique. L’ancienne école William Ponty y était implantée dans les environs et dans laquelle ont été issus des hauts-dignitaires africains tel l’actuel président sénégalais ; aujourd’hui, les locaux sont toujours en place et quelques-uns d’entre eux ont été reconvertis en établissement pénitentiaire pour détenus ; ces détenus sont  volontaires. En fin de peine, ils bénéficiant d’une formation agraire. Cet établissement est appelé la ferme pénitentiaire. Cette initiative est assurée par une association de formations et d’exploitation. Le futur site de l’établissement pénitentiaire dispose de surfaces supplémentaires arables qui seront soumises au bénéfice de l’association et des détenus. A proximité, se trouve le chantier du projet de l’Université du Futur Africain. Il est avancé jusqu’au gros-œuvre et il en attente de redémarrage. Avec sa bibliothèque en forme de pyramide inversée, ce projet invoque une architecture audacieuse et ambitieuse. Cette université est programmée pour recevoir jusqu’à deux mille étudiants dans un temple architectural, il s’inscrit dans la politique des grands travaux.
Composition architecturale

Avec un projet par lieu, l’architecture est dessinée pour offrir des perspectives sur l’avenir. Les aménagements extérieurs (hors et en enceinte) sont agencés comme les parcs, avec des géométries continues, des cheminements le long de pare-terres fleuris, et de nombreuses échappées visuelles. La combinaison des pleins et des vides est composée par des séquences alternées et alignées. Les espaces vides structurants sont en enfilade le long de la diagonale d’entrée : – Entrée – Cour d’honneur – Espace central de distribution – Grand terrain de sport. Des volumétries pleines ponctuent de part et d’autre ces espaces vides avec, – les parloirs et les ateliers en vis-à-vis, – d’un coté les hébergements hommes et de l’autre coté les hébergements femmes et mineurs. Et au centre, assortie d’une volonté symbolique, c’est l’administration qui s’élève pour assurer la transition entre l’espace hors détention et en détention. Comme dans un domaine, les entrées principales des zones fonctionnelles sont regroupées dans l’espace central de distribution, toutes visibles les unes des autres. Et pour les hébergements, l’entrée d’un bâtiment en croix est positionnée à l’intersection de la croix afin d’offrir une séquence d’entrée paysagère avec une approche progressive. Ces qualités de positionnement et de distribution étant ainsi établies, les hébergements des mineures femmes et des mineurs hommes sont mono-orientés afin d’assurer la sectorisation de ces catégories. ? Mise en place des volumes En enceintes, le choix de la mise en place des volumes est orienté afin de dégager des perspectives larges depuis les cellules. Les vues depuis les cellules et les lieux accessibles ou non aux détenus offrent la plus grande identité architecturale. L’articulation de la mise en place est assurée par le positionnement des quartiers d’hébergements. Ceux-ci sont en forme de croix et sont orientés avec un pivotement progressif. Cette disposition offre de nombreuses échappées visuelles et initie un rythme harmonieux des volumes.
L’administration, Bâtiment emblématique de la personne publique, l’administration est esquissée en nuance. Deux visages de l’administration sont privilégiés : celui de la haute-autorité et celui de la confiance. Avec une position frontale et verticale, et une mise en œuvre fine, l’administration assure à la fois une présence forte et une justesse de circonstance. N’échappant pas à la recherche et à la création architecturale, l’administration élève la symbolique du lieu. ? Locaux communs Assurant les échanges avec le monde extérieur (cuisine, blanchisserie, ateliers, parloirs, centre médical), les locaux communs sont organisés en éventail de services. Les formations professionnelles sont assurées pour les détenus adultes, les visites des parloirs se déroulent dans des espaces lumineux, les soins sont prodigués dans des locaux adaptés pour les spécialistes. L’éveil des mineurs sera dispensé dans des locaux socio-éducatifs au sein de leurs quartiers. Les minorités de détenus (femmes et mineurs) bénéficient d’accès et de locaux sectorisés au sein même des zones fonctionnelles. Ces bâtiments évoquent une architecture chatoyante sur mesure en valorisant tour à tour des regroupements de portes, de fenêtres, de joints, de couleurs et de matériaux. Telles les ramifications d’un baobab, ces regroupements invoquent l’allégorie du tissage de la société. ? Unités d’hébergements Les unités d’hébergements sont disposées en croix afin de favoriser les relations humaines aux sains des secteurs. La diminution des distances de marche et le nombre de cellules confortent la vie en communauté. Le bâti et ses abords sont noués avec d’un coté l’accès principal et des autres cotés les cours de promenades. De dimensions spacieuses et en grand nombre, les cours de promenades assurent leur rôle avec un nombre modéré de promeneurs. Situés à proximité des unités d’hébergements, les locaux socio-éducatifs sont superposés les uns au dessus des autres, et occupent toute une branche de l’édifice. Ils sont équipés de salons de coiffure, de classes, de salles de musculations, de locaux d’audiences.
Locaux des surveillants

Les surveillants bénéficient de conditions de travail optimales grâce à des locaux situés – Hors enceinte (formation, restauration, chambres, salle d’appel) – En enceinte hors détention (vestiaires, chambre de piquet, salle d’appel) – En enceinte en détention (bureaux des responsables) Les conditions de travail sont courantes avec des bureaux équipés dans toutes les zones fonctionnelles. Ils sont situés aux croisements des flux et des circulations. Ils bénéficient de lumière naturelle directe et de vues sur l’extérieur. Les locaux des surveillants hors enceinte sont conçus pour détendre le personnel. Une ambiance chaleureuse est privilégiée avec un jardin privatif. ? Visiteurs Si nécessaire, les visiteurs sont accueillis dans une case dédiée par des associations avant accès à l’établissement. Des personnels y assurent les formalités nécessaires afin de faciliter l’accès aux parloirs. Après franchissement de l’enceinte, les familles regagnent les parloirs par la cour d’honneur, cour dans laquelle l’administration peut effectuer des représentations. ? Ces miradors, ultime recours alors que tout autre moyen de sécurité a échoué, expriment la continuité. La forme est étudiée pour manifester la nécessité de la réinsertion en se fondant dans la continuité des murs d’enceinte ; toutefois il rappelle la dissuasion et la fermeté nécessaire à ce type d’ouvrage. Les miradors bénéficient de vues sans obstacle sur tout le mur d’enceinte (coté intérieur et coté extérieur), sur l’ensemble des toitures et sur les abords immédiats de l’établissement.

 

Climat

Une série de dispositifs passifs sont appliqués pour améliorer le rapport au soleil et à la lumière. Des redents architecturaux, des pare soleils esthétiques, et non grappinables équipent les façades des locaux d’hébergements et des locaux communs. Selon l’orientation des façades, des solutions progressives assurent des solutions sur mesure. Afin d’atténuer les sur-chaleurs, des toitures légères assureront une ombre permanente et des bois seront plantés hors enceinte sous les vents dominants pour générer de l’air frais. Un complément mécanique assurera le confort en toute condition.

 

Sérénité.

L’ossature de l’établissement est assurée par des visibilités réciproques entre surveillants. Les postes de sécurités se voient deux à deux et balayent l’ensemble des espaces accessibles aux détenus. Depuis un poste ou un bureau de surveillant, sas et circulations sont sous les vues des surveillants. A tout moment, un surveillant peut en interpeller un autre et alerter les renforts en cas de nécessité. Des dispositions complémentaires avec des trémies dans les halls des hébergements permettent aux surveillants d’appeler le surveillant positionné à un autre étage. Cela rassure les surveillants et assure des relations sereines entre surveillants et détenus. Les meilleures dispositions anti-anxiogènes sont ainsi assurées. Conformément aux normes, les catégories de détenus sont sectorisées. Les hébergements des hommes et de femmes sont positionnés à distance et les ateliers des femmes assurent un obstacle visuel entre ces deux catégories. Les hébergements des mineures femmes et les mineurs hommes sont mono-orientés et sont disposés pour qu’aucune vue entre catégorie ne soit possible. Les minorités de détenus sont regroupées afin de mutualiser les espaces de distribution, les hébergements des mineures femmes et des mineurs hommes sont positionnés sur le cheminement des détenues femmes et bénéficient d’une sectorisation depuis le PCC (Poste de contrôle des circulations). En cas de mutinerie, des circuits dédiés aux personnels pénitentiaires permettent d’intervenir directement dans toute zone fonctionnelle.

 

Droits des détenus

Le projet est souhaité en conformité aux normes internationales des droits des détenus. En amélioration des normes, tout besoin spécifique au Sénégal nécessaire au bon déroulement de la détention et de la réinsertion est assuré. Le dimensionnement des cellules, l’hygiène, les équipements, la pratique du culte, l’accès aux formations intellectuelles et professionnelles, la pratique de sports, les disponibilités des cours de promenades sont assurés pour tout détenu dans des espaces conviviaux, et bénéficiant de lumière naturelle. En accompagnement, les surveillants, les familles, les avocats, les médecins et autres intervenants bénéficient des locaux adaptés pour travailler et ou échanger avec les détenus dans les meilleures conditions. Tout espace accessible au détenu est sous les vues directes des surveillants. Les locaux de surveillances sont envisagés de façon à conforter la vie de communauté.

 

En partenariat avec Abib Diene, du B.E.A.D à Dakar.

2010