Enfermement et milieu clos.

Sous le Moyen Âge, les monastères ont été l’habitat de moines qui se veulent morts au monde mais d’où sont issus de nombreux saints. Néanmoins, les monastères n’étaient pas épargnés par des crimes dont la solution du « carcer » était un concept déjà présent dans la bible. Les moines criminels étaient donc placés dans une chambre, à part, prévue comme une prison à l’intérieur du monastère, et cela dès la construction de l’édifice. Quand la captivité transformait l’âme des criminels, les moines repentis pouvaient être réhabilités au sein de la communauté.

Au cours du treizième siècle, l’amende, le pilori et les galères étaient des peines encourues. La prison était majoritairement un lieu de dépôt en attente du jugement ; la prison n’était pas valable comme peine suite à une condamnation. C’est vers 1280, avec Beaumanoir, que la prison devient une peine pour sanctionner la révolte, les atteintes physiques non mortelles, et la désobéissance à l’autorité. Au cours du Moyen Âge, le discours monacal a été recyclé en matière pénale, ces formes d’enfermement dialoguent. La prison s’est orientée vers une peine d’enfermement dont l’effet attendu est une méditation dans la stabilité.

La prison sous forme de peine était déjà représentative des classes sociales, mais il demeurait une souplesse quant à l’application de l’enfermement. Le détenu n’était pas coupé du monde, il était par exemple nourri par ses proches. Le monastère clos, mais poreux, en était l’illustration. Ainsi, la prison devient la solution pour la mise à l’écart d’un membre dangereux dont la durée d’enfermement et sa porosité font l’objet d’un dosage.

Sources :
Isabelle Heullant-Donat, Julie Claustre-Mayade et Elisabeth Lusset, « La Fabrique de l’histoire : La notion de « milieux clos » depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine », La Fabrique de l’Histoire, Histoire comparée des enfermements monastiques et carcéraux, Vè et XIXè siècles, (HCEMC), février 2013. http://www.franceculture.fr/emission-24h-en-prison-la-fabrique-de-l-histoire-la-notion-de-«-milieux-clos-»-dep, d’après notes de l’émission radiophonique publiée à la page.

« Comptes-rendus : le cloître et la prison », Enfermements, Histoire comparée des enfermements monastiques et carcéraux – Vè-XIXè Siècles, 2012. http://enfermements.fr/publications/presentation-le-cloitre-et-le-prison/comptes-rendus-le-cloitre-et-le-prison/, résumé des textes publiés à la page.

Isabelle Heullant-Donat, Julie Claustre et Elisabeth Lusset, « Enfermements. Le cloître et la prison (VIe-XVIIIe siècle) (Colloque de Troyes- Bar-sur-Aube-Clairvaux, octobre 2009), Paris, Publications de la Sorbonne, 2011, 382 p », Revue historique, n° 666 (2013/2), p. 439-441, par Paulette L’Hermite-Leclercq, (HCEMC), 2012. http://enfermements.fr/wp-content/uploads/2013/08/CR_RH_2013_666.pdf, résumé des textes publiés à la page.

André Vauchez, « Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012-2, p. 214-217 », Enfermements, 2012. http://enfermements.fr/publications/presentation-le-cloitre-et-le-prison/comptes-rendus-le-cloitre-et-le-prison/, résumé des documents publiés à la page.