Paysage, singularité et universalisme.

Observatoire du Machu Picchu. « Des aménagements ont été faits de façon à ce que le spectateur puisse embrasser à partir d’un point de vue localisé, la continuité des formes entre le premier plan [une roche], et l’arrière-plan [une montagne]. Il est tentant de voir, dans un effet de superposition entre la montagne sacrée à l’arrière-plan et son écho mimétique au premier plan, le désir de rendre ostensible une correspondance entre microcosme et macrocosme sans que l’on sache vraiment si c’est la montagne […] dans l’enceinte impériale ou si c’est, au contraire, la montagne qui est comme la projection à l’extérieur, sur l’horizon, de la roche sacrée. » Philippe Descola, anthropologue, Les formes du paysage, Collège de France, avril 2014.

 

 

Le patio, monastère des Hiéronymites, XVIè, Lisbonne. Les façades du patio masquent intégralement l’horizon terrestre, elles recréent ainsi les parois d’un monde. L’architecture contient le ciel, elle est une miniature du monde dans lequel l’eau représente la vie, le végétal le vivant et le patio l’existence. L’arc en dentelle de pierre, qui est emboité dans une double arche, qui est lui-même emboité dans une baie cintrée d’une arcade, qui est elle-même placée dans une série ininterrompue, met ostensiblement en évidence l’effet d’échelle et d’infini.

 

 

« Le temple de Besakih possède une des plus grandes portes [au travers de laquelle une personne franchit une limite] en Candi, c’est la montagne qui s’ouvre en deux ». Source : Gilles Clément, paysagiste, « Cosmologie et paysage », Collège de France, février 2012.

Athène sous l’antiquité. Au premier plan, dans la ville basse, l’agora était le lieu des discussions et de créations de discours entre citoyens. Au deuxième plan, le Parthénon au sommet de la ville haute était le temple de la protection de la cité.

 

 

 

Les tombeaux en forme de pyramides pointent vers les étoiles du royaume des morts.

 

 

 

Gilles Clément : « Le Bonsaï, c’est l’appel au paysage lointain, qui vient dans un espace que l’on invite à recomposer par une série de réductions. C’est le principe d’un emprunt du lointain vers le plus près ». Le bonsaï est un arbre en réduction de lui-même dont l’effet sur son observateur est celui du paysage. En outre, chez les populations animistes, le végétal possède une intériorité au même titre qu’un humain. Pour ces populations, le bonsaï est donc, à la fois, une intériorité et un paysage.