Contre-histoire de la philosophie, de Michel Onfray.

La contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray est une enquête sur le contenu des textes historiques avec lesquels l’Europe a été influencée. En dépit de l’approfondissement des connaissances actuelles, les nombreuses bibliothèques détruites pendant les guerres imposent une interprétation de l’histoire nécessairement incomplète ; toutefois, il demeure encore des textes sur une lignée d’idées dont les versions retenues par le grand public sont souvent méconnues ou déformées au regard de leur contenu. Les auteurs présentés dans cette contre-histoire sont pour certains oubliés et encore peu enseignés à l’université. Par exemple, la philosophie proposée par Épicure, peu connue du grand public, était proche d’une forme d’ascétisme, néanmoins la version issue d’un dénigrement par les politiques stoïques romains est encore diffuse actuellement.

Une des interprétations de l’univers couramment retenue en Europe est la philosophie de la transcendance ; cette dernière postule que l’esprit est du premier ordre dans une cité éternelle, imaginaire, supérieure et au-delà des sens ; elle postule aussi que le vivant est une incarnation temporelle d’un esprit dans la cité du réel. Cet assemblage éluderait une vacuité de la vie par un néant qui la bornerait avant la naissance et après la mort. La transcendance est une philosophie que les pouvoirs ont confortée afin de renforcer l’adhésion de ce pouvoir réuni en opposition à la vacuité apparente du matérialisme. À la marge d’une quête intérieure et spirituelle, tout signe était interprété pour confirmer sa croyance en un esprit intemporel. Cette philosophie, se prolonge par la lignée historique portée par les croyances primitives, par Pythagore, par Platon, par les religions, par Kant, et enfin par les états. Les garants des pouvoirs civils adossaient la légitimité de leur personne à la représentation divine dans la cité du réel. Les citoyens étaient alors partagés entre le déterminisme induit par une divinité nécessairement infaillible et entre une justice nécessairement fondée sur la conscience de la responsabilité individuelle. Tout citoyen savait qu’il serait alors soumis à des valeurs sociales qu’il ne partagerait éventuellement pas ; la tolérance entre communautés était donc en sursis. En outre, le modèle de domination du garant infusera dans la société ; un individu dominé par sa hiérarchie dominera éventuellement son proche ; le désir d’intersubjectivité n’était donc pas conforté.

La philosophie de la transcendance comporte des traits en commun avec la philosophie indienne des Upanishads dans laquelle l’acte social était surpondéré. D’autres philosophies indiennes, telles que le Bouddhisme et la Bhagavad-Gita, prônent l’éveil à l’impermanence de tout objet, y compris les cités. Sans remettre en cause la nécessité d’un état, ces philosophies prônent également le détachement de l’acte social au désir intérieur. Ces philosophies partagent des similarités avec l’absence de vérités définitives du scepticisme Pyrrhonien de la Grèce antique et avec l’immanence méditerranéenne dont leur origine parviendrait d’un voyage d’Alexandre en Inde.